Le blason de Jeanne d’Arc : origine, symboles et histoire de ses armoiries
Jeanne d’Arc est aujourd’hui profondément associée à l’idéal chevaleresque : l’armure, l’épée, l’étendard, le courage et l’engagement au service du roi font partie intégrante de son image. Pourtant, Jeanne n’est pas née noble. Elle voit le jour vers 1412 dans une famille paysanne relativement aisée de Domrémy, à laquelle sont traditionnellement attribuées des armoiries représentant notamment un arc et des flèches.
C’est son parcours exceptionnel qui va bouleverser cette situation. Après la levée du siège d’Orléans et le sacre de Charles VII à Reims en 1429, Jeanne et sa famille sont anoblies par le roi, en décembre 1429. De nouvelles armes, bien différentes de celles associées aux d’Arc, apparaissent alors : une épée, une couronne et deux fleurs de lys sur fond d’azur.
Quelle est l’origine de ce blason et que signifient ses différents symboles ? C’est ce que nous allons maintenant découvrir.

Comparaison des armoiries associées à Jeanne d’Arc. À gauche, le blason traditionnellement attribué à la famille d’Arc, avec l’arc, les trois flèches et le lion ; à droite, les armes associées à Jeanne d’Arc après son parcours auprès de Charles VII, représentant une épée surmontée d’une couronne et accompagnée de deux fleurs de lys.
INDEX
- Jeanne d’Arc et sa famille avant 1429 : avaient-ils des armoiries ?
- Pourquoi des armoiries furent-elles accordées à Jeanne d’Arc ?
- À quoi ressemble le blason de Jeanne d’Arc ?
- Que signifient l’épée, la couronne et les fleurs de lys ?
- Pourquoi trouve-t-on des fleurs de lys dans les armes de Jeanne ?
- Jeanne d’Arc fut-elle anoblie par Charles VII ?
- Que deviennent les armoiries après la mort de Jeanne ?
- Comment le blason est-il devenu un symbole de Jeanne d’Arc ?
1. Jeanne d’Arc et sa famille avant 1429 : avaient-ils des armoiries ?
Avant 1429, la famille d'Arc utilisait déjà un signe distinctif. Selon Charles du Lys, descendant de la famille au XVIIe siècle, Jacques d'Arc, père de Jeanne, portait un signet représentant un arc bandé de trois flèches. L'arc constitue vraisemblablement ce que l'héraldique appelle des « armes parlantes », faisant directement référence au nom d'Arc.
Il ne faut cependant pas confondre ce signe ancien avec le blason plus élaboré aujourd'hui attribué à la famille d'Arc, comportant également un lion rouge sur fond d'argent. Les sources indiquent que cet élément fut ajouté ultérieurement par Jean du Lys, descendant de la famille.
La date d'apparition du signe à l'arc et aux trois flèches reste inconnue. Son utilisation ne prouve pas non plus que Jacques d'Arc était noble : des familles non nobles pouvaient alors posséder des signets ou emblèmes personnels.
2. Pourquoi des armoiries furent-elles accordées à Jeanne d’Arc ?
L’année 1429 marque un tournant exceptionnel dans la vie de Jeanne d’Arc. Après sa rencontre avec Charles VII à Chinon, elle participe à la levée du siège d’Orléans, puis accompagne la campagne qui conduit le roi jusqu’à Reims, où il est sacré le 17 juillet 1429.
C’est dans ce contexte que sont traditionnellement situées les nouvelles armoiries associées à Jeanne et à sa famille : deux fleurs de lys encadrant une épée dressée soutenant une couronne. Leur composition établit un lien évident avec la monarchie et le rôle joué par Jeanne auprès de Charles VII.
La date précise et les circonstances de leur attribution restent cependant difficiles à établir, car aucun acte original de concession de ces armes n’est aujourd’hui connu. Leur existence est néanmoins attestée dès 1431 par Jeanne elle-même : interrogée lors de son procès, elle déclara que le roi avait donné des armoiries à ses frères et en décrivit les principaux éléments.
L’anoblissement de Jeanne et de sa famille est quant à lui traditionnellement daté de décembre 1429. Là encore, l’acte original a disparu et son contenu nous est connu par des copies et confirmations postérieures.
Armoiries et anoblissement doivent donc être distingués, mais tous deux s’inscrivent dans le même contexte : la reconnaissance exceptionnelle du rôle joué par Jeanne au service de Charles VII et du royaume de France.

Jeanne d’Arc devant Charles VII lors de la campagne de 1429. Jeanne exhorte le roi à poursuivre la marche vers Troyes, étape de la campagne qui conduira Charles VII jusqu’à son sacre à Reims. Enluminure des Vigiles de Charles VII de Martial d’Auvergne, vers 1484. Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Français 5054, fol. 61v.
3. À quoi ressemble le blason de Jeanne d’Arc ?
Les armes associées à Jeanne d’Arc présentent une composition relativement simple : sur un champ d’azur, deux fleurs de lys d’or encadrent une épée d’argent dressée verticalement, dont la pointe soutient une couronne d’or.
Cette composition est attestée dès le XVe siècle. Lors de son procès en 1431, Jeanne décrit elle-même un écu comportant « deux fleurs de lys d’or et une épée parmy », tout en précisant que le roi avait donné ces armes à ses frères. Son procès constitue ainsi l’un des témoignages essentiels permettant aujourd’hui de retrouver les paroles et les traces laissées par Jeanne d’Arc.
Une mention officielle, datée du 2 juin 1429 et transmise par un registre postérieur de la Cour des Monnaies, attribue quant à elle ces armoiries à Jeanne « pour son estandart et soy decorer ». Le document reproduit également le dessin de l’écu.
Ces trois éléments — fleurs de lys, épée et couronne — constituent ainsi le blason aujourd’hui traditionnellement associé à Jeanne d’Arc. Leur choix est loin d’être anodin et renvoie directement à sa mission auprès de Charles VII.

Mention de l'attribution d'armoiries à Jeanne d'Arc par Charles VII, datée du 2 juin 1429. Le texte rapporte que le roi, alors à Chinon, donna des armes à Jeanne « pour son estandart et soy decorer » et en reproduit le dessin. Cette mention officielle nous est transmise par un registre postérieur de la Cour des Monnaies, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF, Français 5524).
4. Que signifient l’épée, la couronne et les fleurs de lys ?
La composition des armes associées à Jeanne d’Arc semble faire directement référence à son rôle auprès de Charles VII et du royaume de France.
Les deux fleurs de lys d’or sur fond d’azur renvoient clairement à la monarchie française et témoignent de la faveur royale accordée à Jeanne et à sa famille.
Au centre, l’épée dressée évoque naturellement son engagement militaire et son rôle dans les campagnes de 1429. Sa pointe soutient — ou pénètre selon les représentations anciennes — une couronne d’or, symbole évident de la royauté.
L’ensemble peut ainsi se lire comme une représentation du parcours de Jeanne : l’épée mise au service de la couronne et du royaume de France. Cette interprétation correspond étroitement à sa mission auprès de Charles VII, même si aucun texte contemporain connu ne nous donne une explication officielle détaillée de chacun de ces symboles.

Représentation des armoiries attribuées à Jeanne d’Arc par Charles VII en 1429. L’écu montre une épée dressée en pal, la pointe férue dans une couronne, accompagnée de deux fleurs de lys. Ce dessin est reproduit dans la mention de l’octroi des armes datée du 2 juin 1429, transmise par un registre postérieur de la Cour des Monnaies (BnF, ms. Français 5524).
5. Pourquoi trouve-t-on des fleurs de lys dans les armes de Jeanne ?
Les fleurs de lys d’or sur fond d’azur établissent un lien direct avec la monarchie française, dont elles constituent l’emblème héraldique par excellence. Leur présence dans les armes associées à Jeanne est donc particulièrement significative.
En 1429, Jeanne agit au service de Charles VII et contribue à la campagne qui conduit à son sacre à Reims. Leur présence dans les armes qui lui sont accordées manifeste ainsi la faveur royale et son lien exceptionnel avec le souverain et le royaume de France.
Cet emblème ne renvoie donc pas aux origines familiales des d’Arc : il témoigne avant tout du nouveau statut acquis par Jeanne grâce à son parcours.
Il vient ainsi compléter l’épée, l’armure et l’étendard parmi les principaux éléments qui ont progressivement façonné l’iconographie de Jeanne d’Arc au fil des siècles.
6. Jeanne d’Arc fut-elle anoblie par Charles VII ?
L’anoblissement de Jeanne d’Arc et de sa famille est traditionnellement daté de décembre 1429, quelques mois après le sacre de Charles VII à Reims. Selon le texte transmis, le roi récompense ainsi les nombreux services rendus par Jeanne « à nous et à notre royaume ».
Une précaution historique reste toutefois nécessaire : l’acte original de 1429 a disparu. Les lettres d’anoblissement sont connues par des copies et confirmations postérieures, dont certaines formulations ont suscité des discussions parmi les historiens.
L’anoblissement est néanmoins généralement retenu historiquement. Il aurait concerné Jeanne, ses parents Jacques d’Arc et Isabelle Romée, ainsi que ses frères, leur permettant désormais de bénéficier des privilèges attachés à la noblesse.
7. Que deviennent les armoiries après la mort de Jeanne ?
Après la mort de Jeanne d’Arc en 1431, les armes à l’épée, à la couronne et aux fleurs de lys restent associées à sa famille. Ses frères et leurs descendants les utilisent sous le nom de du Lys, adopté par plusieurs membres de la lignée.
Cette transmission se poursuit pendant les siècles suivants. En 1612, des lettres patentes de Louis XIII reconnaissent à des descendants de la famille le droit de porter ces armes, en rappelant leur attribution sous Charles VII.
Progressivement, cependant, leur dimension familiale s’efface derrière la mémoire de Jeanne. L’écu à l’épée couronnée et aux deux fleurs de lys devient avant tout le blason de Jeanne d’Arc, sous lequel il est encore représenté aujourd’hui.

Jeanne d’Arc représentée avec ses armoiries, vingt ans après sa mort. Cette enluminure du Champion des Dames de Martin Le Franc, réalisée en 1451, représente Jeanne en armure accompagnée d’un écu portant les armes qui lui sont traditionnellement associées. Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Français 12476, fol. 101v.
8. Comment le blason est-il devenu un symbole de Jeanne d’Arc ?
Après sa mort en 1431, les armoiries à l’épée, à la couronne et aux fleurs de lys restent liées à sa famille, mais deviennent progressivement indissociables de la mémoire de Jeanne elle-même.
Leur composition résume remarquablement son parcours : l’épée évoque son engagement militaire, la couronne son action auprès de Charles VII et les fleurs de lys son service du royaume de France. Ces symboles sont ainsi repris au fil des siècles dans l’iconographie, les monuments et les objets commémoratifs consacrés à Jeanne.
Aujourd’hui, cet écu est communément présenté comme le blason de Jeanne d’Arc. Sa force symbolique et graphique en fait également un motif particulièrement intéressant pour la création d’un bijou.
C’est pourquoi nous avons choisi de poursuivre notre travail autour de Jeanne d’Arc en recréant ces armoiries sous la forme d’une médaille Jeanne d’Arc en argent inspirée de son blason historique. Sa conception reprend l’épée, la couronne et les deux fleurs de lys décrites par les sources historiques, afin de transposer cet héritage héraldique dans un bijou contemporain.

Armoiries de Jeanne d’Arc représentées sur une médaille commémorative du XIXe siècle. Le revers reprend l’épée, la couronne et les deux fleurs de lys traditionnellement associées à Jeanne. Médaille réalisée à l’occasion de la statue de Jeanne d’Arc d’Emmanuel Frémiet, 1872. Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Sources et références
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Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, 5 vol., 1841-1849.
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Bibliothèque nationale de France, ms. Français 5524.
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Auguste Vallet de Viriville, « Documents inédits sur la famille et les armoiries de Jeanne d’Arc », Bibliothèque de l'École des chartes.
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Philippe Contamine, travaux consacrés à Jeanne d'Arc et à ses emblèmes.
À propos de l’auteur
Nicolas Tranchant, entrepreneur et fondateur de Vivalatina, s’intéresse à la manière dont certaines figures historiques deviennent des symboles durables. Son approche croise regard culturel et réflexion sur la transmission des valeurs à travers les objets de mémoire.