Jeanne d'Arc et l'idéal chevaleresque : courage, foi et engagement
Jeanne d’Arc est aujourd’hui indissociable de l’imaginaire chevaleresque. L’armure, l’épée, le cheval et l’étendard composent l’image familière d’une jeune combattante engagée au cœur de la guerre de Cent Ans. Pourtant, Jeanne n’était pas chevalier et ne peut être simplement assimilée à la chevalerie du XVe siècle.
La chevalerie médiévale constituait à la fois une réalité sociale et militaire et un idéal fondé notamment sur le courage, l’honneur, la fidélité et la foi chrétienne. Jeanne évolua dans cet univers sans véritablement en faire partie. Son parcours présente néanmoins plusieurs traits qui expliquent son rapprochement progressif avec cet idéal : son courage dans l’action, la place centrale de la foi dans sa mission et la détermination avec laquelle elle poursuivit son engagement.
Comprendre cette dimension chevaleresque suppose donc de distinguer la Jeanne historique de l’image de Jeanne d’Arc construite à travers les siècles.

Photo montrant une statue de Jeanne d'Arc, à Blois, ville où elle séjourna en Avril 1429 en préparation du siège d'Orléans
INDEX
- Qu'était réellement l'idéal chevaleresque au XVe siècle ?
- Jeanne d'Arc était-elle un chevalier ?
- Le courage : agir au milieu de la guerre
- La foi : le moteur de sa mission
- L'engagement : rester fidèle à une mission
- Jeanne d'Arc et les chevaliers de son temps
- De Jeanne la combattante à Jeanne l'héroïne chevaleresque
- Courage, foi et engagement : pourquoi ces valeurs ont-elles survécu ?
- Porter et transmettre un symbole
1. Qu'était réellement l'idéal chevaleresque au XVe siècle ?
Au XVe siècle, la chevalerie est à la fois une réalité sociale et militaire et un idéal hérité des siècles précédents. Le chevalier appartient au monde des combattants, généralement lié à la noblesse et au service d’un prince ou d’un seigneur.
Cet idéal repose notamment sur la prouesse et le courage au combat, mais aussi sur l’honneur, la réputation et la fidélité à ses engagements. Sous l’influence de la religion et de la littérature chevaleresque, il acquiert également une forte dimension chrétienne, associant le chevalier au service de Dieu et, idéalement, à la protection des plus faibles.
Il ne faut cependant pas imaginer un code universel scrupuleusement respecté par tous les chevaliers. Ces valeurs constituaient davantage un modèle qu’une description de leur comportement réel. La guerre médiévale restait violente, marquée notamment par les pillages et les destructions subis par les populations.
C’est donc à cet idéal chevaleresque, plutôt qu’à l’image moderne et romancée du chevalier, qu’il faut comparer le parcours de Jeanne d’Arc.

Chevaliers et hommes d'armes dans une enluminure du XVe siècle. Jeanne d'Arc évolua dans cet univers militaire sans posséder elle-même le statut de chevalier
2. Jeanne d'Arc était-elle un chevalier ?
L’image de Jeanne d’Arc en armure, à cheval et entourée d’hommes d’armes peut facilement conduire à la considérer comme un chevalier. Cette assimilation est pourtant trompeuse : rien ne permet d’établir que Jeanne ait été adoubée chevalier. Porter une armure ou participer à une campagne militaire ne suffisait pas à conférer ce statut. (Musée de l'Armée)
À partir de 1429, Jeanne évolue néanmoins dans un univers étroitement associé à la culture chevaleresque. Équipée pour la guerre et montant à cheval, elle accompagne les troupes de Charles VII à Orléans, durant la campagne de la Loire puis vers Reims. Elle côtoie des capitaines et nobles comme Jean de Dunois ou le duc d’Alençon, intégrant ainsi le monde des hommes de guerre sans pour autant devenir chevalier.
Jeanne et sa famille reçurent par ailleurs une concession de noblesse de Charles VII, attestée par des lettres patentes. Mais noblesse et chevalerie, bien que liées dans la société médiévale, ne sont pas équivalentes. (CCFr)
Jeanne ne fut donc pas chevalier au sens institutionnel. Ce sont davantage son engagement militaire, son comportement et l’image construite par la postérité qui l’ont progressivement rapprochée de l’idéal chevaleresque.
3. Le courage : agir au milieu de la guerre
Le courage est l’une des qualités qui ont le plus contribué à rapprocher Jeanne d’Arc de l’idéal chevaleresque. Plusieurs épisodes de sa courte carrière militaire permettent de l’observer concrètement, sans avoir recours à l’image héroïque construite après sa mort.
En 1429, Jeanne n’a aucune expérience connue de la guerre. Elle participe pourtant aux opérations menées autour d’Orléans puis à la campagne de la Loire, en s’exposant aux dangers des combats. Le 7 mai 1429, lors de l’assaut contre les Tourelles, elle est notamment blessée par un projectile avant de reprendre part à l’action après avoir reçu des soins.
Sa détermination se poursuit après le sacre de Charles VII à Reims. Le 23 mai 1430, elle est finalement capturée devant Compiègne au cours d’une opération militaire, alors que les troupes françaises se replient.
Son courage ne se mesure cependant pas uniquement à son exposition physique au combat. Quitter son milieu d’origine, chercher à rencontrer Charles VII puis poursuivre sa mission malgré les blessures et les revers témoignent également d’une remarquable détermination. C’est cette constance dans l’action qui contribuera à faire du courage l’une des valeurs durablement associées à Jeanne d’Arc.
Ces événements s'inscrivent dans le contexte politique et militaire particulièrement complexe de la France du XVe siècle.
4. La foi : le moteur de sa mission
La foi occupe une place centrale dans le parcours de Jeanne d’Arc. Elle ne constitue pas seulement une dimension de sa personnalité : Jeanne présente elle-même sa mission comme étant d’origine divine. Lors de son procès, elle affirme avoir entendu dès son adolescence des voix qu’elle identifie notamment à saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, qui l’auraient progressivement conduite à rejoindre Charles VII.
Cette conviction accompagne son action politique et militaire. Jeanne affirme agir au service de Dieu, mais aussi pour faire lever le siège d’Orléans et conduire Charles VII au sacre à Reims. Sa pratique religieuse est également rapportée par plusieurs témoins : participation à la messe, prières et recours fréquent à la confession.
L’historien doit cependant distinguer le fait documenté de son interprétation religieuse. Les sources permettent d’établir que Jeanne disait entendre des voix et qu’elle croyait profondément à la mission qu’elle leur attribuait ; elles ne permettent évidemment pas d’établir historiquement leur origine surnaturelle.
Cette foi explique en grande partie la détermination de Jeanne. Même pendant son procès, alors que ses juges interrogent précisément l’origine et la légitimité de ses voix, elle continue d’affirmer que sa mission venait de Dieu.

Jeanne d’Arc à Domrémy, au moment de l’appel de ses voix, selon l’interprétation de Jules Bastien-Lepage en 1879
5. L'engagement : rester fidèle à une mission
L’engagement de Jeanne d’Arc se manifeste d’abord par la constance avec laquelle elle poursuit les objectifs qu’elle affirme avoir reçus de ses voix. Partie de Vaucouleurs pour rencontrer Charles VII, elle contribue en 1429 à la levée du siège d’Orléans, puis soutient la marche vers Reims, où le roi est sacré le 17 juillet.
Son engagement ne s’arrête pourtant pas au sacre. Jeanne souhaite poursuivre les opérations militaires et participe encore à plusieurs campagnes, jusqu’à sa capture devant Compiègne le 23 mai 1430. Cette détermination ne signifie pas qu’elle dispose librement des décisions militaires ou politiques : elle doit composer avec Charles VII, ses conseillers et les capitaines qui l’entourent, dont les choix ne correspondent pas toujours aux siens.
Sa captivité donne ensuite une autre dimension à cet engagement. Privée de toute capacité d’action militaire, Jeanne continue lors de son procès à défendre l’essentiel de ce qu’elle affirme depuis le début de sa mission : ses voix viennent de Dieu et l’ont conduite à agir auprès de Charles VII.
Chez Jeanne, l’engagement apparaît ainsi moins comme une simple fidélité à un souverain que comme la volonté de rester fidèle à une mission dont elle se considère investie.
6. Jeanne d'Arc et les chevaliers de son temps
Jeanne d’Arc ne mène pas seule les campagnes auxquelles elle participe. Dès 1429, elle évolue aux côtés de capitaines et de nobles expérimentés, parmi lesquels Jean de Dunois, le duc d’Alençon, La Hire ou encore Gilles de Rais. Ces hommes appartiennent pleinement au monde militaire et chevaleresque dont Jeanne, par son origine et son statut, était initialement étrangère.
Les témoignages recueillis lors du procès en nullité de 1455-1456 permettent notamment d’entrevoir les relations qu’elle entretenait avec certains d’entre eux. Jean d’Alençon, qui avait participé à la campagne de la Loire, souligne ainsi son comportement au sein de l’armée et rapporte plusieurs souvenirs de sa présence lors des opérations militaires. Dunois témoigne également de son rôle pendant la campagne d’Orléans.
Ces témoignages, recueillis plus de vingt ans après les événements, doivent naturellement être considérés avec prudence. Ils montrent néanmoins que Jeanne avait réussi à trouver sa place parmi des hommes de guerre beaucoup plus expérimentés qu’elle, alors qu’elle n’avait ni leur formation militaire ni leur statut social.
Cette proximité avec les chevaliers et capitaines de son époque contribue à expliquer pourquoi son image s’est progressivement confondue avec l’univers chevaleresque. Jeanne n’en possédait pas le statut, mais elle partagea pendant sa campagne leurs dangers, leurs déplacements et une partie de leur expérience de la guerre.

Jeanne d’Arc au combat, encourageant les hommes d’armes lors d’un assaut. Cette enluminure des Vigiles de Charles VII de Martial d’Auvergne, réalisée à la fin du XVe siècle, témoigne de la construction précoce de son image de combattante courageuse
7. De Jeanne la combattante à Jeanne l'héroïne chevaleresque
La figure chevaleresque de Jeanne d’Arc ne s’est pas construite uniquement de son vivant. Au fil des siècles, son image s’est progressivement éloignée de la jeune femme du XVe siècle pour prendre les traits d’une héroïne incarnant le courage, la foi et le sacrifice.
Cette évolution s’appuie sur des éléments bien réels de son parcours : sa présence dans les campagnes militaires, son armure, son cheval, son étendard et sa proximité avec les hommes d’armes. Mais la littérature, l’historiographie puis les arts ont considérablement renforcé cette dimension. À partir du XIXe siècle notamment, peintres et sculpteurs multiplient les représentations de Jeanne en armure, brandissant son étendard ou montant à cheval. Cette iconographie contribue à fixer durablement son apparence de guerrière et d’héroïne chevaleresque.
Cette représentation ne doit donc pas être confondue avec son statut historique. Jeanne n’était pas chevalier, mais la postérité a reconnu dans son parcours plusieurs qualités traditionnellement associées à l’idéal chevaleresque.
Son image actuelle résulte ainsi de la rencontre entre une expérience historique exceptionnelle et plusieurs siècles de construction symbolique. C’est cette superposition entre la combattante documentée par les sources et l’héroïne façonnée par la mémoire qui explique en grande partie la puissance de son image aujourd’hui.
Cette représentation ne doit donc pas être confondue avec son statut historique. Cette distinction entre ce que l'Histoire établit et ce que le mythe a progressivement construit autour de Jeanne d'Arc est essentielle pour comprendre l'évolution de son image.
8. Courage, foi et engagement : pourquoi ces valeurs ont-elles survécu ?
Si Jeanne d’Arc continue de fasciner près de six siècles après sa mort, c’est notamment parce que son parcours incarne des valeurs qui dépassent le contexte de la guerre de Cent Ans. Courage, foi et engagement occupent ainsi une place centrale dans sa mémoire.
Son courage s’exprime face aux dangers de la guerre, sa foi donne un sens à la mission qu’elle affirme avoir reçue, tandis que son engagement se manifeste dans sa détermination malgré les blessures, la captivité et le procès.
Ces valeurs ont contribué à transformer un personnage profondément ancré dans le XVe siècle en une figure universelle, réinterprétée au fil des générations. Elles expliquent en partie pourquoi Jeanne d’Arc conserve aujourd’hui une telle force symbolique.
9. Porter et transmettre un symbole
Les symboles permettent de donner une forme concrète aux valeurs que l’on souhaite conserver ou transmettre. Depuis des siècles, médailles, emblèmes et bijoux remplissent cette fonction : au-delà de leur apparence, ils peuvent rappeler une histoire, une conviction ou un engagement.
Dans le cas de Jeanne d’Arc, porter un objet qui lui est associé peut ainsi renvoyer aux valeurs que son parcours a progressivement incarnées : courage, foi, détermination et fidélité à ses convictions. Le bijou devient alors moins une représentation du personnage qu’un moyen de conserver avec soi la signification qu’on lui attribue.
C’est dans cette démarche que notre atelier a réalisé une reproduction de la bague de Jeanne d’Arc, à partir des descriptions historiques disponibles. L’objet crée ainsi un lien entre une trace documentée de son histoire, le travail contemporain du joaillier et les valeurs que chacun choisit aujourd’hui d’y associer.

Reproduction en argent de la bague de Jeanne d’Arc réalisée dans notre atelier Vivalatina, d’après les descriptions de l’anneau mentionné dans les sources historiques
Conclusion
Jeanne d’Arc ne fut pas chevalier au sens historique du terme. Pourtant, son courage dans l’action, la place centrale de sa foi et la constance de son engagement l’ont progressivement rapprochée de l’idéal chevaleresque.
Son image actuelle résulte ainsi de la rencontre entre son parcours au XVe siècle et plusieurs siècles de mémoire. Au-delà de l’armure, de l’épée ou de l’étendard, ce sont surtout les valeurs associées à son histoire qui expliquent la permanence de sa force symbolique.
Sources et bibliographie
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Procès de condamnation de Jeanne d’Arc (1431), interrogatoires et dépositions conservés dans les actes du procès. Source essentielle pour connaître les déclarations de Jeanne sur sa mission, ses voix et sa foi.
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Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc (1455-1456), témoignages de ses contemporains, notamment Jean de Dunois et Jean d’Alençon, sur son comportement et son rôle pendant les campagnes militaires.
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Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle, 5 vol., Paris, Jules Renouard et Cie, 1841-1849. Édition majeure des sources relatives aux deux procès et des chroniques contemporaines.
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Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary, Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012. Ouvrage de référence pour replacer Jeanne dans le contexte politique, militaire et social du XVe siècle.
À propos de l’auteur
Nicolas Tranchant, entrepreneur et fondateur de Vivalatina, s’intéresse à la manière dont certaines figures historiques deviennent des symboles durables. Son approche croise regard culturel et réflexion sur la transmission des valeurs à travers les objets de mémoire.