De nombreux objets sont aujourd'hui présentés comme des objets ou bijoux des Templiers : épées, bagues, croix, médailles, sceaux ou encore reliques. Pourtant, établir qu'un objet médiéval a réellement appartenu à un membre de l'Ordre du Temple ou qu'il a été utilisé par l'une de ses commanderies est souvent beaucoup plus difficile.

Après la disparition de l'Ordre au début du XIVe siècle, ses biens furent dispersés, transférés ou réutilisés. Près de sept siècles plus tard, les objets dont l'origine templière peut être établie avec suffisamment de certitude sont relativement rares. Une croix pattée, une datation au XIIIe siècle ou une découverte à proximité d'une ancienne commanderie ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer une origine templière.

Il existe néanmoins des sceaux, objets religieux, éléments d'équipement et vestiges archéologiques dont le lien avec l'Ordre peut être documenté grâce aux archives, à leur provenance ou au contexte de leur découverte.

Dans cet article, nous allons donc nous intéresser aux objets authentiquement liés aux Templiers qui sont parvenus jusqu'à nous, mais aussi aux méthodes permettant de distinguer un objet documenté d'une attribution plus tardive. Une question nous intéressera particulièrement en tant que joailliers : existe-t-il des bijoux que l'on puisse réellement attribuer aux Templiers ?

Recto et verso d’un acte de 1233 provenant de la préceptorerie templière de Mont-de-Soissons. Le parchemin conserve son sceau pendant en cire verte, attaché au document par des liens textiles. Cet acte constitue un exemple de document médiéval dont la provenance et le contexte permettent d'établir précisément son lien avec l'Ordre du Temple. British Library, Londres.

INDEX

  1. Pourquoi reste-t-il si peu d'objets des Templiers ?
  2. Comment peut-on identifier un objet authentiquement templier ?
  3. Les sceaux : parmi les objets templiers les mieux documentés
  4. Armes et équipements attribués aux Templiers
  5. Objets religieux et objets utilisés dans les commanderies
  6. Les Templiers portaient-ils des bijoux ?
  7. Existe-t-il une véritable bague des Templiers ?
  8. Quels objets des Templiers sont encore conservés aujourd'hui ?
  9. Faux objets templiers et attributions modernes : comment éviter les confusions ?
  10. Des artefacts historiques aux bijoux Templiers contemporains

 

1. Pourquoi reste-t-il si peu d'objets des Templiers ?

Après la suppression de l'Ordre du Temple en 1312, une grande partie de ses possessions fut transférée à l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Les bâtiments, équipements et objets encore utilisables purent ainsi être conservés, déplacés, transformés ou réemployés.

La nature des matériaux explique également leur rareté actuelle. Le fer pouvait être reforgé, l'or et l'argent refondus, tandis que le bois, le cuir et les textiles se conservent difficilement pendant plusieurs siècles.

Enfin, l'attribution reste complexe : un objet médiéval portant une croix ou découvert près d'une ancienne commanderie n'est pas nécessairement templier. Son identification nécessite généralement une provenance documentée, une inscription, un contexte archéologique ou des archives permettant de le relier à l'Ordre.

2. Comment peut-on identifier un objet authentiquement templier ?

L'identification d'un objet templier authentique repose avant tout sur sa provenance et son contexte historique. La présence d'une croix pattée ou d'un autre symbole associé aux Templiers ne suffit pas à établir son origine.

Les éléments les plus solides sont une mention dans un document médiéval, une inscription permettant d'identifier l'Ordre ou un dignitaire, ou encore une découverte dans un contexte archéologique clairement associé à une commanderie templière.

La datation de l'objet doit également être compatible avec la période d'activité de l'Ordre, entre le début du XIIe siècle et 1312. Sa fabrication, ses matériaux et son iconographie peuvent ensuite être comparés avec des objets médiévaux dont l'origine est connue.

L'attribution repose donc généralement sur plusieurs indices concordants. Une datation médiévale ou un symbole templier supposé, pris isolément, ne permet pas d'affirmer qu'un objet a réellement appartenu à l'Ordre du Temple.

3. Les sceaux : parmi les objets templiers les mieux documentés

Les sceaux constituent l'un des témoignages matériels les mieux documentés de l'Ordre du Temple. Conservées avec les actes qu'elles authentifiaient, leurs empreintes peuvent souvent être associées à une date, un dignitaire ou une commanderie précise.

Plusieurs motifs sont attestés : deux chevaliers sur un même cheval, croix, édifices religieux ou Agnus Dei. Cette diversité montre qu'il n'existait pas un sceau unique utilisé par l'ensemble de l'Ordre.

Nous étudions ces empreintes et leur signification dans notre article consacré au sceau des Templiers.

4. Armes et équipements attribués aux Templiers

Les Templiers étaient des combattants et utilisaient les armes et équipements militaires courants de leur époque : épées, lances, boucliers, casques et protections de mailles. La Règle de l'Ordre contient d'ailleurs plusieurs dispositions concernant leur équipement et son utilisation.

La croix rouge portée sur leurs vêtements constituait en revanche l'un des signes permettant d'identifier les membres de l'Ordre, comme nous l'expliquons dans notre article consacré à la croix des Templiers.

En revanche, il est difficile d'identifier aujourd'hui une épée ou une pièce d'armure ayant appartenu avec certitude à un Templier. Ces objets portent rarement une indication permettant d'identifier leur propriétaire et pouvaient être réparés, réutilisés ou transmis après la disparition de l'Ordre.

Une arme du XIIIe siècle découverte dans une région occupée par les Templiers n'est donc pas nécessairement une arme templière. Pour pouvoir l'attribuer à l'Ordre, il faut disposer d'éléments supplémentaires, notamment un contexte archéologique précis, une inscription ou une provenance documentée.

Représentation de chevaliers templiers au XIIIe siècle par Matthew Paris. Les frères sont représentés à cheval avec l'équipement militaire caractéristique de leur époque, notamment cotte de mailles, casque, épée et bouclier. Matthew Paris, Historia Anglorum, XIIIe siècle, British Library, Royal MS 14 C VII, fol. 42v.

5. Objets religieux et objets utilisés dans les commanderies

Les commanderies templières n'étaient pas uniquement des établissements militaires. Elles comprenaient généralement une chapelle et des bâtiments destinés à la vie quotidienne, à l'administration et aux activités agricoles de la communauté.

Les Templiers utilisaient donc des objets liturgiques, mais aussi de la vaisselle, des outils, des monnaies et différents objets domestiques. Certains de ces éléments ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques menées sur d'anciens sites de l'Ordre.

Leur attribution reste cependant délicate. Beaucoup de commanderies furent réoccupées après la suppression du Temple en 1312, notamment par les Hospitaliers. Un objet découvert sur un ancien site templier ne peut donc être attribué à l'Ordre que si sa datation et son contexte archéologique permettent de le rattacher à la période de son occupation par les Templiers.

6. Les Templiers portaient-ils des bijoux ?

La Règle du Temple encadrait étroitement les vêtements, l'équipement et les possessions personnelles des frères. Plusieurs de ses prescriptions témoignent d'une recherche de simplicité et du rejet de l'ostentation, ce qui laisse peu de place aux bijoux portés uniquement comme ornements.

Cela ne signifie pas qu'aucun Templier n'ait utilisé anneau, boucle, fermoir ou autre objet métallique, notamment lorsqu'il remplissait une fonction pratique. En revanche, nous ne disposons pas d'éléments suffisants pour identifier une véritable tradition de bijoux templiers comparable aux bagues, pendentifs et médailles que l'on associe aujourd'hui à l'Ordre.

Il faut donc distinguer les bijoux contemporains inspirés des Templiers des objets dont l'utilisation par des membres de l'Ordre peut être historiquement documentée.

Début d'une copie du XIIe siècle de la Règle de l'Ordre du Temple. La Règle encadrait la vie des frères, notamment leurs vêtements, leur équipement et leurs possessions. National Library of Scotland, Adv.MS.32.6.9, fol. 18.

7. Existe-t-il une véritable bague des Templiers ?

À ce jour, aucun modèle de bague n'est clairement identifié et documenté comme ayant été spécifiquement porté par les Templiers. Il n'existe donc pas de « bague des Templiers » historique connue.

Les sceaux de l'Ordre que nous avons étudiés étaient généralement produits à l'aide de matrices de sceau distinctes, et non de chevalières sigillaires. Les chevalières modernes reprenant le sceau aux deux cavaliers, une croix ou une inscription templière sont donc des bijoux inspirés de motifs historiques, et non la reproduction d'un type de chevalière dont le port par les Templiers serait documenté.

8. Quels objets des Templiers sont encore conservés aujourd'hui ?

Les objets pouvant être attribués avec certitude aux Templiers sont extrêmement rares. L'un des exemples les plus remarquables est la matrice du sceau de Peire Pellicier, chapelain de l'Ordre du Temple, datée de 1308 et conservée à la Bibliothèque nationale de France. Elle représente un pélican nourrissant ses petits. Contrairement à une empreinte ou à un moulage, il s'agit de l'objet médiéval original qui servait à produire le sceau, ce qui lui confère une valeur historique particulière par sa rareté.

Les témoignages matériels les plus nombreux sont en réalité les actes médiévaux portant encore leurs empreintes de cire. Ces documents permettent d'identifier la date, l'autorité qui les a scellés et parfois le contexte dans lequel le sceau a été utilisé. Les Archives nationales conservent ainsi plusieurs actes et empreintes directement liés à l'Ordre du Temple.

Cette rareté explique l'importance exceptionnelle des sceaux templiers. Alors que très peu d'objets personnels peuvent être attribués avec certitude à un Templier, les empreintes conservées permettent d'étudier des motifs dont l'utilisation par l'Ordre est directement documentée : deux cavaliers, croix, édifices religieux ou Agnus Dei. Elles constituent ainsi l'un des principaux vestiges matériels permettant d'étudier les symboles réellement employés par les Templiers.

Matrice du sceau de Peire Pellicier, chapelain de l’Ordre du Temple, 1308. La légende gravée autour de la matrice porte l'inscription « S. FRIS. P. PELLICERII. CAPLLI. MILICIE. TEMPLI », abréviation latine désignant le « sceau de frère P. Pellicier, chapelain de la milice du Temple ». Cette inscription permet de rattacher directement cette rare matrice à un membre de l'Ordre du Temple. Le motif central représente un pélican nourrissant ses petits. Bibliothèque nationale de France, cat. 260.

9. Faux objets templiers et attributions modernes : comment éviter les confusions ?

Un objet médiéval n'est pas nécessairement templier parce qu'il porte une croix pattée ou qu'il a été découvert à proximité d'une ancienne commanderie. Ces symboles et certains types d'objets étaient également utilisés par d'autres communautés chrétiennes.

Une attribution sérieuse doit reposer sur des éléments vérifiables : provenance, contexte archéologique, inscription, document d'archive ou comparaison avec un objet déjà identifié.

Il faut également distinguer un objet templier authentique, une reproduction d'un objet historique identifié et une création moderne simplement inspirée de l'Ordre du Temple.

À ce jour, nos recherches n'ont permis d'identifier qu'un objet matériel dont l'attribution à un Templier soit directement établie : la matrice du sceau de Peire Pellicier, chapelain de l'Ordre, datée de 1308. 

10. Des artefacts historiques aux bijoux Templiers contemporains

Les bijoux Templiers contemporains ne sont pas des reproductions de bijoux portés par les membres de l'Ordre. Ils reprennent plutôt des symboles attestés sur les documents et objets médiévaux, notamment les croix, les sceaux ou certaines inscriptions.

Chez Vivalatina, nous utilisons ces références historiques pour créer des bagues, chevalières, pendentifs et croix en argent ou en or. Certaines créations reproduisent un motif documenté, tandis que d'autres en proposent une interprétation contemporaine. Vous pouvez retrouver ces créations dans notre collection de bijoux Templiers.

Bijoux contemporains inspirés de l'iconographie de l'Ordre du Temple. Les motifs documentés sur les sceaux et les documents médiévaux peuvent aujourd'hui servir de référence à la création de bijoux, sans pour autant présenter ces créations comme la reproduction d'un bijou porté par les Templiers.

 

À propos de l’auteur

Nicolas Tranchant, entrepreneur et fondateur de Vivalatina, s’intéresse à l’histoire des Templiers et à la transmission de leurs symboles à travers les siècles. Son travail à la tête de l'atelier de joaillerie Vivalatina l’amène notamment à étudier des sceaux, motifs et objets historiques afin d’en comprendre l’origine et de les interpréter dans ses créations.

02 octobre 2026 — TRANCHANT NICOLAS FRANCOIS RAPHAEL TANI8011158E6