Le trésor des Templiers : or, richesses et légende du trésor disparu
Le trésor des Templiers est l'une des légendes les plus célèbres associées à l'Ordre du Temple. Or, les documents médiévaux racontent une histoire sensiblement différente : les Templiers possédaient un vaste patrimoine et administraient d'importantes sommes d'argent, mais cela ne signifie pas qu'ils détenaient un fabuleux trésor d'or et de joyaux.
À la veille de sa disparition, l'Ordre comptait plus de 2 000 frères documentés dans le seul royaume de France et disposait à travers l'Europe de centaines d'établissements, auxquels s'ajoutait un patrimoine considérable de terres, fermes, moulins, maisons et autres possessions.
Que savons-nous réellement de leurs richesses, du trésor du Temple de Paris et des biens saisis en 1307 ? Et surtout, existe-t-il une preuve qu'un trésor templier ait un jour disparu ? C'est ce que nous allons examiner en distinguant les faits documentés des récits apparus plus tard.

Reconstitution d’une trésorerie médiévale de l’Ordre du Temple, où étaient conservés et administrés monnaies, dépôts, registres comptables et documents, loin de l’image légendaire d’un immense trésor d’or et de joyaux.
INDEX
- Les Templiers étaient-ils réellement riches ?
- D'où provenaient les richesses de l'Ordre du Temple ?
- Les Templiers possédaient-ils réellement un « trésor » ?
- Le trésor du Temple de Paris
- Que découvre Philippe le Bel lors de l'arrestation des Templiers en 1307 ?
- Le trésor des Templiers a-t-il disparu avant les arrestations ?
- Où serait passé le trésor des Templiers ?
- Que sont devenus les biens des Templiers après la suppression de l'Ordre ?
- Pourquoi la légende du trésor des Templiers est-elle devenue si importante ?
- Existe-t-il encore aujourd'hui un trésor des Templiers à découvrir ?
1. Les Templiers étaient-ils réellement riches ?
À la fin du XIIIe siècle, l'Ordre du Temple constitue une puissance économique importante, reposant sur un vaste patrimoine foncier, un réseau de maisons et de commanderies et d'importants flux financiers. Cette richesse ne doit cependant pas être imaginée comme un immense stock d'or : elle reposait avant tout sur des terres, domaines agricoles, bâtiments, moulins, droits et revenus, auxquels s'ajoutaient les sommes administrées par l'Ordre.
Un ordre de plus de 2 000 Templiers en France
L'importance économique de l'organisation va de pair avec ses effectifs. À partir des documents produits lors du procès des Templiers, l'historien Alain Demurger a recensé 2 336 frères nommément cités dans le royaume de France, dont 2 135 sont attestés pour la période 1307-1312. Lorsque leur statut est connu, on trouve notamment des chevaliers, des prêtres et surtout de nombreux sergents. Ces chiffres donnent une idée de l'ampleur du réseau humain entretenu par l'Ordre à la veille de sa disparition.
Les sommes administrées par le Temple de Paris
Les documents comptables permettent également de mesurer l'importance des sommes manipulées. Le Journal du trésor du Temple de Paris de 1295-1296, conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote Latin 9018, enregistre environ 19 300 livres tournois d'entrées en 1295 et 15 400 en 1296. Sur les 19 300 livres de 1295, environ 12 000 livres correspondent aux responsions, c'est-à-dire aux contributions versées par les maisons de la province templière de France.
Ces chiffres ne constituent toutefois ni le revenu annuel des Templiers en France, ni leur fortune totale. Les commanderies utilisaient localement une partie de leurs revenus avant d'en transférer une fraction et les comptes parisiens ne permettent pas de reconstituer l'ensemble de l'activité économique des différentes provinces. Le Temple de Paris administrait par ailleurs des fonds et des dépôts appartenant à des tiers. Alain Demurger considère ainsi ce journal comme un aperçu partiel de l'activité financière de l'Ordre, et non comme une comptabilité générale de ses possessions françaises.

Gros tournois en argent frappé sous Philippe IV le Bel (1285-1314). Cette monnaie circulait à l'époque où les comptes du Temple de Paris enregistraient leurs opérations en livres tournois. Collection du musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Que représentaient 19 300 livres tournois ?
L'ordre de grandeur reste néanmoins impressionnant. Aux conditions monétaires de la fin du XIIIe siècle, les 19 300 livres tournois enregistrées en 1295 correspondent théoriquement à environ 1,5 tonne d'argent fin. Il ne faut évidemment pas imaginer qu'une tonne et demie d'argent physique soit entrée dans les coffres cette année-là : il s'agit d'un équivalent monétaire permettant de matérialiser l'importance de la somme.
Une comparaison avec les revenus de l'époque est encore plus parlante. Un revenu annuel d'environ 25 livres tournois pouvait représenter à cette période un minimum permettant de maintenir un train de vie nobiliaire. Les 19 300 livres enregistrées dans le journal parisien correspondent donc à environ 770 fois ce revenu annuel.
Il serait en revanche trompeur d'affirmer que ces 19 300 livres équivalent précisément à un certain nombre de millions d'euros actuels. Entre le XIIIe siècle et aujourd'hui, la valeur des biens, des salaires et du capital a trop profondément changé pour établir un véritable taux de conversion. Selon que l'on compare la quantité d'argent métal, les salaires ou le pouvoir économique relatif, on obtient des résultats très différents.
Les documents permettent donc de conclure avec certitude que les Templiers disposaient de ressources considérables, sans pouvoir attribuer un revenu annuel précis à l'ensemble de l'Ordre en France. Et cette richesse était avant tout celle d'une organisation possédant un important patrimoine productif et capable de faire circuler des sommes considérables à travers son réseau.
2. D'où provenaient les richesses de l'Ordre du Temple ?
En 1307, l'Ordre du Temple existe depuis près de 190 ans. Presque deux siècles de donations, d'acquisitions et de gestion de ses domaines lui ont permis de constituer progressivement un patrimoine considérable à travers l'Europe.
Les donations à l'origine du patrimoine des Templiers
La richesse des Templiers provenait d'abord des donations reçues depuis la création de l'Ordre au XIIe siècle. Souverains, nobles, chevaliers mais aussi propriétaires plus modestes leur cédèrent des terres, maisons, droits, moulins ou revenus. Ces donations pouvaient être motivées par la piété, par le soutien à la défense de la Terre sainte ou accompagner l'entrée d'un homme dans l'Ordre.
Progressivement, ces biens furent regroupés et administrés autour de commanderies, véritables centres de gestion d'un patrimoine essentiellement foncier. Les terres étaient cultivées directement ou exploitées par des tenanciers ; l'Ordre possédait également des élevages, des vignes, des moulins, des bâtiments urbains et percevait différents loyers et droits. Une grande partie de sa richesse provenait donc d'une activité beaucoup plus ordinaire que ne le suggère la légende : l'exploitation de milliers de biens accumulés pendant près de deux siècles.

Commanderie d'Arville, fondée au XIIe siècle par l'Ordre du Temple. Les commanderies constituaient des centres de gestion des terres, productions agricoles et revenus qui formaient une grande partie du patrimoine des Templiers.
Un patrimoine protégé par les privilèges pontificaux
Les Templiers bénéficiaient également de privilèges importants. La bulle pontificale Omne datum optimum, accordée par Innocent II en 1139, plaça notamment l'Ordre sous l'autorité directe du pape et lui accorda une large autonomie. D'autres privilèges pontificaux vinrent ensuite renforcer sa position et faciliter la conservation et l'exploitation de son patrimoine.
Des activités financières aux responsions
À ces revenus s'ajoutaient les activités financières. Grâce à son réseau international et à la confiance dont il bénéficiait, le Temple pouvait conserver des dépôts, effectuer des paiements, transférer des fonds ou administrer des comptes pour des particuliers, des dignitaires et des souverains. Le Temple de Paris joua ainsi un rôle important dans les finances de la monarchie française. Il serait toutefois réducteur de présenter les Templiers simplement comme les « banquiers de l'Europe » : leurs activités financières ne constituaient qu'une partie d'une économie reposant principalement sur leur patrimoine foncier et ses revenus.
Enfin, les différentes maisons contribuaient au financement des missions de l'Ordre. Une partie de leurs excédents était prélevée sous forme de responsions, puis dirigée vers les structures centrales afin de financer notamment les dépenses militaires en Orient. Comme nous l'avons vu, environ 12 000 livres tournois de responsions apparaissent dans le journal du trésor de Paris pour la seule année 1295.
La puissance économique des Templiers ne résultait donc pas de la découverte d'un trésor ni d'une mystérieuse accumulation d'or. Elle provenait de la combinaison de donations, d'un immense patrimoine foncier exploité sur plusieurs générations, de privilèges institutionnels et d'activités financières, le tout organisé à l'échelle d'un réseau international.
3. Les Templiers possédaient-ils réellement un « trésor » ?
Oui, mais pas au sens moderne d'un immense amas d'or et de joyaux. Les documents médiévaux montrent surtout l'existence de trésoreries où étaient conservés et administrés de l'argent, des objets précieux et des documents comptables.
Le Temple de Paris, une véritable trésorerie
Le Temple de Paris constitue le meilleur exemple. Il fonctionnait comme une trésorerie centrale et un important établissement financier : les Templiers y tenaient des comptes, recevaient des dépôts, conservaient des fonds et effectuaient des paiements.
Cette activité ne concernait d'ailleurs pas uniquement l'argent de l'Ordre. Des particuliers, des dignitaires et la monarchie française confiaient également des fonds aux Templiers. Pendant une partie du XIIIe siècle, le Temple de Paris joua ainsi un rôle important dans la gestion du trésor royal. Trouver de l'argent dans ses coffres ne signifiait donc pas nécessairement que cet argent appartenait aux Templiers.
Le terme de « trésor » peut ainsi induire le lecteur moderne en erreur. Il faut plutôt imaginer une institution financière médiévale disposant d'une trésorerie, à une époque où les banques et marchands-banquiers pratiquaient déjà le dépôt, le crédit, le change et les transferts de fonds. La différence est que le Temple combinait ces activités financières avec celles d'un ordre religieux et militaire possédant un vaste patrimoine à travers l'Europe.
Trésorerie ne signifie pas trésor caché
Surtout, l'essentiel de la richesse de l'Ordre n'était probablement pas conservé sous forme de monnaies. Elle était dispersée dans ses terres, commanderies, fermes, maisons, moulins, animaux, récoltes et droits seigneuriaux. Un domaine produisant chaque année des revenus constituait une richesse considérable sans qu'une somme équivalente soit entreposée dans un coffre.
La distinction est donc fondamentale : la richesse des Templiers est historiquement bien documentée, l'existence de leurs trésoreries également ; celle d'un immense trésor centralisé ne l'est pas.
4. Le trésor du Temple de Paris
À la fin du XIIIe siècle, le Temple de Paris est l'un des principaux centres administratifs et financiers de l'Ordre en Occident. Son fonctionnement est notamment connu grâce au Journal du trésor du Temple de Paris de 1295-1296, conservé à la Bibliothèque nationale de France.
Ce registre montre une trésorerie active, dans laquelle d'importantes sommes entraient et sortaient régulièrement. En 1295, environ 12 000 des 19 300 livres tournois enregistrées en entrée provenaient des responsions versées par les maisons templières.
Mais tout cet argent n'appartenait pas à l'Ordre. Le Temple conservait également des dépôts et administrait des fonds pour des particuliers, de grands personnages et la monarchie française. Le trésor de Paris doit donc être compris comme une véritable trésorerie médiévale, et non comme un coffre contenant toute la fortune des Templiers.
Lorsque Philippe le Bel fait arrêter les Templiers et saisir leurs biens le 13 octobre 1307, une question devient alors essentielle : que les agents du roi découvrent-ils réellement dans le Temple de Paris ?

Sceau de la maison du Temple de Paris, 1290. Il représente la tour du Temple accompagnée d’un frère templier agenouillé. Cette empreinte témoigne de l’importance institutionnelle de la maison parisienne, qui constituait également l’un des principaux centres administratifs et financiers de l’Ordre en Occident.
Les Templiers utilisaient par ailleurs différents sceaux pour authentifier leurs actes, dont plusieurs modèles sont aujourd'hui conservés.
5. Que découvre Philippe le Bel lors de l'arrestation des Templiers en 1307 ?
Le 13 octobre 1307, les agents de Philippe le Bel arrêtent les Templiers du royaume et placent leurs biens sous contrôle royal. Le Temple de Paris, où se trouve le grand maître Jacques de Molay, est également saisi.
Les documents produits après les arrestations mentionnent des biens mobiliers, monnaies, objets précieux, équipements et revenus provenant des domaines templiers. Les administrateurs royaux dressent des inventaires et prennent progressivement en charge les possessions de l'Ordre. Mais ces documents ne révèlent pas la découverte d'un immense trésor centralisé correspondant à la fortune légendaire qui sera plus tard attribuée aux Templiers.
Cette absence est d'autant plus remarquable que la monarchie connaissait parfaitement l'activité financière du Temple de Paris et avait elle-même utilisé ses services. Si des sommes considérables avaient été saisies, leur gestion aurait normalement laissé des traces dans les comptes royaux.
Cela ne signifie toutefois pas que les coffres étaient vides, ni qu'aucune richesse n'a pu échapper aux saisies. Les documents disponibles ne permettent simplement pas d'identifier le gigantesque trésor d'or et de joyaux décrit par les légendes postérieures.
C'est précisément cette différence entre la richesse bien documentée de l'Ordre et l'absence d'un trésor correspondant qui nourrit une autre hypothèse : les Templiers auraient-ils fait disparaître une partie de leurs richesses avant les arrestations ?

Acte de la maison du Temple de Paris, 1290. Ce document médiéval témoigne de l'activité administrative de la principale implantation templière parisienne, dix-sept ans avant l'arrestation des Templiers ordonnée par Philippe le Bel en 1307.
6. Le trésor des Templiers a-t-il disparu avant les arrestations ?
C'est l'une des principales hypothèses à l'origine de la légende. Puisqu'aucun immense trésor n'apparaît dans les saisies de 1307, certains récits supposent qu'il aurait été évacué avant les arrestations.
Un témoignage médiéval mérite cependant attention. En 1308, le Templier Jean de Châlons affirme que Gérard de Villiers aurait quitté Paris avec plusieurs hommes et que certains auraient ensuite pris la mer. Il évoque également le transport de richesses liées à Hugues de Pairaud. Ce témoignage montre que l'idée de fuites accompagnées de biens n'est pas entièrement une invention moderne.
Mais il ne prouve ni l'évacuation du trésor central de l'Ordre, ni l'existence d'un convoi transportant une fortune considérable. Nous pouvons documenter des départs et des mouvements de biens, pas la disparition du légendaire trésor des Templiers.
C'est à partir de cette incertitude que se développera notamment la célèbre histoire des navires templiers ayant quitté La Rochelle.
7. Où serait passé le trésor des Templiers ?
L'absence d'un immense trésor lors des saisies de 1307 a progressivement donné naissance à de nombreuses hypothèses. La plus célèbre affirme que des Templiers auraient transporté leurs richesses jusqu'à La Rochelle, avant de les charger sur des navires ayant quitté le port peu avant les arrestations.
D'autres récits font ensuite voyager ce trésor vers le Portugal, l'Écosse ou d'autres territoires où les Templiers auraient trouvé refuge. Mais aucun document médiéval connu ne permet de suivre un tel trésor jusqu'à l'une de ces destinations.
Comme nous l'avons vu, le témoignage de Jean de Châlons évoque bien la fuite de certains Templiers et un départ par mer. Il ne mentionne cependant ni une flotte de 18 navires, ni un départ secret de La Rochelle chargé du trésor de l'Ordre.
La documentation permet donc d'envisager que des hommes et certains biens aient échappé aux saisies, mais pas de déterminer l'existence ni la destination d'un trésor disparu. C'est précisément cette zone d'ombre qui a permis aux légendes de se multiplier au cours des siècles suivants.
8. Que sont devenus les biens des Templiers après la suppression de l'Ordre ?
La disparition de l'Ordre ne signifie pas celle de son patrimoine. Après plusieurs années de procédure, le pape Clément V supprime l'Ordre du Temple en 1312. Par la bulle Ad providam du 2 mai 1312, la majeure partie de ses biens est attribuée à l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, avec certaines exceptions notamment dans la péninsule Ibérique.
Le transfert fut cependant loin d'être immédiat. Depuis les arrestations de 1307, de nombreux domaines avaient été placés sous administration royale et leurs revenus utilisés pour couvrir différents frais. Les Hospitaliers durent ensuite négocier et récupérer progressivement les anciennes possessions templières.
Une grande partie de la richesse des Templiers ne s'est donc pas mystérieusement volatilisée : leurs terres, commanderies, bâtiments et droits furent saisis puis, pour l'essentiel, transférés aux Hospitaliers.
Cette continuité patrimoniale renforce une distinction essentielle : la disparition de l'Ordre est historiquement documentée, tout comme le devenir d'une grande partie de ses biens. C'est surtout le supposé trésor caché qui échappe à la documentation.

Bulle Ad providam du pape Clément V, 2 mai 1312. Quelques semaines après la suppression de l'Ordre du Temple, cette bulle attribue la majeure partie de ses biens à l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Archives nationales de France.
9. Pourquoi la légende du trésor des Templiers est-elle devenue si importante ?
Aucune découverte archéologique ni aucun document médiéval connu ne démontre l'existence du fabuleux trésor caché des Templiers décrit par les récits modernes.
En 1998, un dépôt de 708 deniers d'argent des XIIe et XIIIe siècles a bien été découvert sur le site de l'ancienne commanderie de Payns. Ces monnaies ne représentent probablement qu'environ 700 grammes de pièces au total. Leur origine géographique variée a conduit à envisager le pécule d'un marchand ou d'un voyageur plutôt qu'un « trésor des Templiers ». Cette découverte archéologique bien réelle est donc très éloignée des tonnes d'or et de joyaux décrites par les légendes modernes.

Une partie des 708 deniers d'argent des XIIe et XIIIe siècles découverts en 1998 sur le site de l'ancienne commanderie templière de Payns. Ce dépôt monétaire constitue une découverte archéologique réelle, sans pour autant correspondre au légendaire « trésor des Templiers ». Collection Bernard Delacourt, photographie © Noël Mazières.
Les textes médiévaux parlent également de « trésors », mais le terme désigne alors des fonds, monnaies et objets précieux, et non nécessairement un trésor secret. Même le témoignage de Jean de Châlons, qui évoque en 1308 la fuite de certains Templiers et le transport de biens, ne permet pas d'établir l'existence d'une fortune cachée.
C'est surtout la littérature et les récits des époques moderne et contemporaine qui ont progressivement transformé ces incertitudes en légende. Au XIXe siècle, le regain d'intérêt pour les Templiers nourrit déjà cet imaginaire. Au XXe siècle, il prend une nouvelle dimension avec des ouvrages comme Les Templiers sont parmi nous de Gérard de Sède, publié en 1962, qui popularise l'histoire d'un trésor templier caché sous le château de Gisors. Les recherches entreprises sur place ne permettront pourtant pas de le retrouver.
Le trésor caché des Templiers est donc beaucoup mieux documenté dans la littérature moderne que dans les archives médiévales. C'est cette littérature, puis les romans, magazines, documentaires et films, qui ont transformé une organisation médiévale administrant un vaste patrimoine en gardienne d'un fabuleux trésor disparu.
10. Existe-t-il encore aujourd'hui un trésor des Templiers à découvrir ?
Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer qu'un grand trésor des Templiers reste à découvrir. Les documents médiévaux attestent l'existence de trésoreries et de sommes importantes administrées par l'Ordre, mais pas celle d'une fortune secrètement dissimulée après 1307.
De nouvelles découvertes archéologiques liées aux Templiers restent bien sûr possibles. Mais en l'état actuel des connaissances, le fameux trésor caché des Templiers appartient à la légende, pas à l'histoire documentée.
Sources et bibliographie
- Bibliothèque nationale de France, Journal du trésor du Temple de Paris, 1295-1296, Latin 9018 — la source primaire essentielle pour les flux financiers du Temple de Paris.
- Léopold Delisle, Mémoire sur les opérations financières des Templiers, 1889 — pour le fonctionnement financier du Temple, les dépôts et ses relations avec la monarchie. Consulter sur Persée
- Alain Demurger, Les Templiers. Une chevalerie chrétienne au Moyen Âge — notre meilleure synthèse moderne pour l'organisation, les effectifs, le patrimoine et l'économie de l'Ordre. Notice BnF
- Archives nationales de France, dossier Les Templiers — particulièrement pertinent pour l'arrestation de 1307, le procès et les documents conservés. Consulter le dossier
- Clément V, Vox in excelso (1312) et Ad providam (1312) — sources primaires pour la suppression de l'Ordre et le transfert de ses biens.
- Michelet, Jules (éd.), Le Procès des Templiers, tome II, Paris, Imprimerie royale, 1851 — édition des documents du procès conservés dans les registres pontificaux.
À propos de l’auteur
Nicolas Tranchant, entrepreneur et fondateur de Vivalatina, s’intéresse à l’histoire des Templiers et à la transmission de leurs symboles à travers les siècles. Son travail à la tête de l'atelier de joaillerie Vivalatina l’amène notamment à étudier des sceaux, motifs et objets historiques afin d’en comprendre l’origine et de les interpréter dans ses créations.